The Danish Girl

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Acteurs : Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Matthias Schoenaerts, Amber Heard

Date : 2015

Réalisateur : Tom Hooper

Une affiche de cinéma

Tout a commencé avec l’affiche de cinéma dans la gare de Leipzig. Eddie Redmayne (Einar Wagener) nous scrute de son regard de braise et le peintre à côté de moi me tape sur l’épaule « t’as vu les deux filles sur l’affiche ». Quand je lui ai expliqué que l’une des deux filles était un mec, il a voulu m’expliquer qu’il avait étudié la peinture suffisamment longtemps pour reconnaitre la structure masculine d’un visage. Il était peintre quand même et il n’était question que deux femmes. Je ne remettais pas ses talents de graphiste en question, simplement ses facultés à reconnaitre une gueule. Même dans la rue, il n’avait pas tendance à reconnaître les gens.

Je ne connaissais pas l’acteur mais ses traits, la finesse de son regard me rappelait bien quelque chose. Et au menton, au nez et à la texture de la peau, cette femme était un homme.

L’anecdote ne m’est pourtant pas sortie de la tête parce qu’il faut dire que cette affiche n’était pas clair. Deux femmes, l’une de face, les prunelles fuyantes, l’autre en contrefont qui sourit. Et puis le titre posé-là qui ne veut lui aussi rien dire The Danish Girl. Toute l’image semble se taire ou murmurer à demi-mot. Serait-ce une histoire de femme, une histoire de femme à homme ou d’homme à femme. C’est quoi ce film ?

 

Résumé

Il s’agit de l’histoire vraie de Lily Elbe qui dans les années 30 fut le premier homme à devenir femme en étant opéré en Allemagne.

Einar Wagener (1882-1931) est un peintre androgyne, plutôt timide mais qui a du succès. Il est marié à Gerda Gottlieb qui, bien que peintre, n’ait pas encore trouvé de galerie pour exposer ses toiles. Pourtant elle peint des portraits, notamment celle de la danseuse étoile Oola. Oola d’ailleurs sera l’élément déclencheur par son retard. Etant donné que la lumière est belle et qu’il sera dommage qu’elle soit perdue, Gerda demande à Einar de porter la robe de ballerine et lui servir de modèle.

Tout commence pour Einar qui sent monter en lui Lily, personnage créé de toutes pièces par Gerda. Bien sûr Lily va prendre de plus en plus de place dans la vie du couple, bien sûr Einar se fera prendre pour un fou quand il parlera de ses tendances aux médecins, mais du Danemark à Paris, Lily ne cessera de s’épanouir. Jusqu’au moment où Gerda prend les choses en main et cherche un médecin pour l’opérer. Un chirurgien allemand s’engage à lui couper les roubignoles et à lui dessiner une fente entre les jambes.

Mon avis

J’ai regardé ce film une vingtaine de fois, relançant à chaque fois le DVD de la fin au début. L’histoire d’amour est terrassante et tellement vraie (loin de tout romantisme) que ce film pose la question de l’amour même : aimer c’est reconnaitre l’autre et lui donner les clés de son épanouissement personnel et le laisser libre, même de partir.

L’amour de Gerda est transcendant… Eddie Redmayne est touchant dans sa féminité exacerbée, dans la manière de plisser la bouche. Et on se rend compte que devenir une femme n’est pas seulement une question de vagin mais d’autre chose. Une chose qui nous reste encore mystérieuse. Bien sûr, une femme a des mimiques imitant la délicatesse. Mais Gerda qui ne sur joue pas sa féminité, nous surprend par sa façon à elle de mixer le masculin avec le féminin.

Une femme a l’habitude d’être empruntée, dit-elle quand elle fait le portrait d’un homme alors que cet homme ressent un malaise à être observé. Une femme se sait observée, elle se prête au regard, elle se laisse déshabiller par lui. Elle est habituée. L’homme l’est moins. Est-ce là une différence ?

L’histoire de courage en elle-même portée par tous les personnages, la sensation d’écoute et d’amour est palpable, amputable (on parle de la première opération de changement de sexe).

En contrefont la peinture

Ce qui est fascinant est la scène pendant laquelle Einar expose ses toiles, des paysages principalement, une autre époque où on kiffait dépenser des sommes énormes pour s’acheter l’image d’une forêt ou d’une tourbière. C’est d’ailleurs ce que le film met en lumière, l’évolution de l’art en passant des paysages bruts aux portraits très masculin de femmes très féminines, un nouveau courant est né. De l’autre côté l’art devient un moyen de communiquer avec l’autre et avec soi-même. Einar peint des trous pour mettre en lumières les trous qui l’habitent, ces trous étant Lily qui depuis des années est une zone d’ombre. Il arrêtera de peindre en devenant ce trou qu’est Lily. Gerda a du succès en peignant la beauté de Lily, à travers son cœur à elle. Et puis en peignant Lily elle garde le contact avec son mari.

En troisième point et c’est ainsi que le film commence, Einar a du succès quand Gerda l’attend. Elle a cette jalousie latente pendant son exposition comme quoi il risque de se prendre la grosse tête. Malgré tout, elle le soutient de toute son ombre, là dans le coin, sans faire d’esclandre. Le succès vient à point à qui sait attendre, et c’est aussi le sujet de ce film. D’Einar qui attendra avant de trouver le médecin qui ne le prend pas pour un taré à Gerda qui deviendra un peintre de ce siècle.

Les textures sont étroitement liées aux couleurs, aux senteurs. C’est un aspect qui se retrouve dans le livre du même nom (2000 par David Ebershoff) . Tout est ramené aux sens dans un effort artistique et littéraire pour les décrire.

Les thèmes de l’auto destruction pour se construire est quelque chose d’actualité. Il en va aussi de celui des genres qui se mélangent et qui n’appartiennent au fond à l’image de laquelle on veut se rapprocher, l’artiste cherchant son art, son style, ses couleurs et ses dimensions, la personne cherche son reflet dans le miroir et plus dans la société.

 

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